Du Laos au Cambodge...
Traversée du Laos et du Cambodge, du nord au sud : 3 voyageurs, 3 sensibilités et 3 amis tombés amoureux de l'Asie. En quete d'authenticité et soif de découverte, nous vous ferons partager nos impressions et nos anecdotes vécues durant notre périple sur ce blog.

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Officiellement détruits

A Phnom Penh, ville poussiéreuse, sale et polluée, à la circulation anarchique et permanente, les traces du régime dévastateur des khmers rouges ont résisté au temps : tout d'abord leur ancienne prison, Tuol Sleng, alias S 21, établie dans un lycée au coeur de la capitale, a été conservée presque en l'état. La visite se passe de commentaires : les cellules, ou cages, des prisonniers sont toujours là ; tout comme les salles de torture, où s'étalent encore sommiers de fer, fers et fer à repasser, instruments de captivité et de torture. En y entrant, je n'ai pu m'empêcher de frémir et jeter un coup d'oeil en arrière, vérifier que personne ne fermait la porte derrière moi... Au mur, une photo du dernier prisonnier, exécuté dans cette pièce où je me tiens, juste avant l'arrivée des Vietnamiens. Même en se savant perdus, les khmers rouges ont exécuté 14 prisonniers, ne laissant que 7 rescapés. Les photos, en noir et blanc et de médiocre qualité, laissent deviner le supplice du condamné avant de mourir, libéré de tant de souffrances.
Ce grand lycée, aux bâtiments presque vides aujourd'hui, n'est pas sans âme : les portraits de prisonniers sont affichés. Affichés en petite taille, ils remplissent de grands panneaux, de longues salles et le rez-de-chaussée d'un bâtiment entier. Les monstres de Pol Pot prenaient leurs victimes en photo, en effet, à leur entrée dans cet enfer. Hommes, femmes et même enfants fixent l'objectif, le regard vide, froid ou effrayé. Aujourd'hui, ils nous regardent et témoignent des atrocités qu'on leur a fait subir, un numéro suspendu au cou. Telle une machine de guerre froide et inhumaine, à l'organisation qui fait froid dans le dos, l'Angkar tenait des dossiers sur chaque prisonnier. Nom, prénom, date de naissance, date d'arrestation, âge de la victime à cette date puis "officiellement détruit(e) le ...". Registre méthodique et bien rôdé d'un génocide qui a coûté la vie à plus de 2 millions de Cambodgiens. Rien n'est laissé au hasard. Pourtant, ça n'est pas si loin de nous : en 2009, cela fera seulement 30 ans que les Vietnamiens ont mis fin à la paranoïa sanguinaire des khmers rouges et Pol Pot, alias Frère premier.
Les tortionnaires forçaient ces pauvres âmes à avouer des choses ou connaissances qu'ils n'ont pas faites, sous la torture. Une fois passé aux faux aveux, ils étaient alors conduits, par camions entiers, aux champs de la mort, à 15 km de Phnom Penh. Là, ils étaient sommairement exécutés à coups de matraquage, à genoux, afin d'économiser les munitions. Puis on leur coupait la tête, une fois tombés dans la fosse commune. Les enfants étaient battus à mort contre un arbre, toujours vivant, lui.
Un stupa du souvenir a été érigé à l'entrée du site. La grande colonne est remplie de crânes fracturés, dans toute sa hauteur. Tout un peuple décimé. Officiellement détruit.

Publié à 08:47, le 19/12/2008, Phnom Penh
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Commentaires (1) | Ajouter un commentaire | Lien

Commentaire sans titre

Tu écris bien même si l'histoire est triste.

Publié par malyslimak à 22:29, 4/02/2009

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